Giorgia Meloni a proposé que les navires des ONG débarquent les migrants dans les pays dont ils battent pavillon, après que l’Allemagne a confirmé financer deux d’entre elles en 2023.
Une fois de plus, la crise migratoire met à l’épreuve la coopération européenne. La présidente du Conseil italien Giorgia Meloni a proposé, le vendredi 29 septembre, que les ONG qui portent secours aux migrants en Méditerranée débarquent désormais dans les pays dont leurs bateaux battent pavillon. Quelques jours auparavant, Meloni apprenait que Berlin avait voté des subventions pour plusieurs ONG allemandes de secours aux migrants peut-on lire sur Le Figaro.

La cheffe du gouvernement italien avait immédiatement écrit au chancelier Olaf Sholz pour lui faire part de sa «stupéfaction», alors que les États européens négocient le Pacte asile et immigration, qui doit jeter les bases d’une meilleure coopération dans la gestion de l’afflux croissant des migrants. Dans la foulée, le ministère allemand des Affaires étrangères avait confirmé vendredi qu’il allouait en 2023 entre 400.000 et 800.000 euros chacun, à deux projets liés aux migrants, dans le cadre d’un programme de subventions voté par le Bundestag.
Au-delà de la passe d’armes diplomatique, cet épisode renvoie à l’origine du financement des ONG portant secours aux migrants. D’autres États européens, à l’instar de l’Allemagne, accordent-ils des subventions aux ONG contre lesquelles Rome demande l’appui de ses partenaires européens pour lutter contre l’immigration illégale ?
Il y a une semaine, la Première ministre italienne Giorgia Meloni a écrit au chancelier Olaf Scholz pour se plaindre du financement par l‘Allemagne d’organisations caritatives aidant les migrants irréguliers dans son pays, selon le texte rendu public lundi 25 septembre.
«J’ai appris avec stupéfaction que votre gouvernement, sans coordination avec le gouvernement italien, avait décidé de fournir des fonds importants à des organisations non gouvernementales travaillant dans l’accueil des migrants irréguliers sur le territoire italien et dans les sauvetages en mer Méditerranée», a-t-elle écrit.
Dans la lettre datée de samedi 23 septembre, consultée par l’AFP, Giorgia Meloni suggère que cette aide serait mieux utilisée en Allemagne qu’en Italie. Et elle a réitéré son accusation – fermement démentie par les ONG – selon laquelle les bateaux de sauvetage caritatifs opérant en Méditerranée agiraient comme un «appel d’air» pour les migrants traversant la mer en provenance d’Afrique du Nord.
D’autre part, Gérald Darmanin, le ministre français de l’Intérieur, est arrivé à Rome lundi soir. Alors que 12.000 migrants ont débarqué clandestinement à Lampedusa la semaine dernière, il succède à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, qui a appelé «les États membres à [les] accueillir», en marge dimanche de son déplacement sur l’île italienne, aux côtés de Giorgia Meloni. La dirigeante européenne milite – pour l’instant sans succès – pour l’établissement de quotas par pays afin de répartir les migrants au sein des États membres. Mais à l’heure actuelle, le droit européen impose seulement au pays d’arrivée – en l’occurrence l’Italie – de traiter les demandes d’asiles au cas par cas (règlement de Dublin). Rome doit ensuite expulser les déboutés, tandis que les différents pays européens doivent se répartir les bénéficiaires.
Plus de 133.000 arrivées en Italie cette année
Le chef du gouvernement italien a déclaré que les pays de l’UE qui souhaitent aider l’Italie à gérer la migration irrégulière feraient mieux de se concentrer sur des «solutions structurelles», notamment en travaillant avec les pays de transit pour stopper les flux. Le gouvernement de Giorgia Meloni a cherché à limiter les activités des navires de sauvetage caritatifs opérant en Méditerranée centrale.
Son ministre de la Défense a déclaré ce week-end que les ONG n’accueillaient qu’environ 5% des arrivées en Italie, qui jusqu’à présent cette année s’élèvent à plus de 133.000, soit près du double des 70.000 de la même période de l’année dernière.
Le ministère allemand des Affaires étrangères a confirmé vendredi qu’il allouait entre 400.000 et 800.000 euros chacun à deux projets liés aux migrants, dans le cadre d’un programme approuvé par le Parlement allemand.
La nouvelle a suscité la colère au sein de la Ligue anti-immigration de Matteo Salvini, qui partage le pouvoir avec le parti Fratelli d’Italia d’extrême droite de Giorgia Meloni. Le ministre de la Défense du gouvernement Meloni, Guido Crosetto, a affirmé qu’il s’agissait d’une décision «très grave» qui mettait l’Italie «en difficulté».