Par Samir Abdel-Ghany

Un mois avant l’inauguration de l’exposition, l’artiste Hassan Ghanem m’a parlé de sa profonde admiration pour l’artiste Mohamed Abdel Moneim. C’est d’ailleurs lui qui avait proposé d’organiser cette exposition à la galerie Dhi. Tous ont accueilli cette initiative avec enthousiasme, voyant là l’occasion de faire résonner haut la voix des grands maîtres du Sud, incarnée par Mohamed Abdel Moneim. Lors de l’inauguration, je l’ai invité à écrire quelques mots sur l’exposition. Il m’a alors fait parvenir ce texte :

“Il est l’un des grands cavaliers de cette génération de talents qui ont ouvert les portes de l’Université de Minia, à l’époque où le doyen était Dr. Ahmed Naouar en 1983. En peinture, il y avait Gamal Ezz El-Arab et Reda Abdel Rahman ; en sculpture, Gamal El-Sayed, Mamdouh El-Kook, Mokhtar El-Nadi et Ihab El-Asyouti ; en art mural, Oussama Mamdouh et feu Abdel Raouf ; en décoration, Ahmed El-Sakrout et Mustafa Abdel Khalek ; et enfin en art graphique, Hassan Ghanem. Une promotion qui a vu émerger plus de douze artistes et quinze docteurs, devenus depuis des étoiles du mouvement plastique. Mais Mohamed Abdel Moneim reste une valeur, un patrimoine vivant. Je me souviens de ces jours où nous passions notre temps à dessiner dans les rues, les cafés, près des vestiges de Beni Hassan, des tombes de Zaouiet Sultan et d’El-Achmounein. Abdel Moneim a su digérer l’héritage culturel et esthétique de l’Égypte ancienne, les peintures rupestres et les symboles de l’art populaire pour en tisser une création pure qui lui est propre. Cette exposition n’est pas seulement une célébration d’Abdel Moneim, c’est une célébration de tous les grands talents venus du Sud.”

Au moment de couper le ruban, entouré des admirateurs de l’artiste, le critique Hicham Kandil a déclaré : “La galerie Dhi s’honore de recevoir un artiste de la stature d’Abdel Moneim. Nous avons la chance de posséder nombre de ses œuvres, ce qui nous permettra de contempler un parcours créatif s’étendant des premiers pas, des jeux avec les couleurs, jusqu’à la période professionnelle où l’artiste s’est fondu dans ses œuvres, devenues l’emblème de son voyage.”
L’écrivaine et artiste plasticienne saoudienne Hanaa Abdel Moneim a écrit : “L’art d’Abdel Moneim, des débuts jusqu’à sa dernière période, révèle une force et une constance dans les traits. Il y a une puissante perception de l’existence et des corps qu’il représente. Une main qui sait ce qu’elle veut dire, qui produit un art délicat devant lequel on ne peut passer rapidement. Son art vous invite à vous arrêter, à le contempler profondément, à tenter d’en percer les secrets. Car si vous prenez le temps nécessaire, il vous livrera ses mystères.”
Le poète et chercheur Mohamed Mahdi Hamida a écrit : “Du cœur de ces tableaux, juchés sur la vague de l’impossible, la couleur jaillira éternellement, se déversant avec transparence et densité, forme et fluidité, pour émouvoir le cœur tapi dans son ancien refuge et libérer son existence dans un espace visuel qui voit au-delà de tout regard, pour exercer son ancienne passion de suivre le pouls et donner vie à l’espace qui le contient.”

L’une des plus belles descriptions de l’exposition est venue de l’artiste Mohamed El-Ganoubi : “Ces couleurs qu’utilise Mohamed Abdel Moneim sont celles employées dans l’écriture des livres anciens et des manuscrits, comme si elles vieillissaient le temps, comme une écriture contre la disparition, contre l’effacement. Sa technique révèle la trace du pinceau, la trace de la main. C’est une écriture qui n’est ni raffinée ni ordonnée, une manière de faire qui soulève des questions sur ces corps écrits, ces corps féminins débordants, dont les traits ne sont pas apparents mais qui bouillonnent de désir. Des corps qui portent le parfum des masques africains et la rudesse de l’art copte et sa spontanéité. Des corps à l’esprit primitif dont les extrémités se transforment en mains cachées, des corps porteurs d’une chose persistante, entourés de petits cercles épars comme les étoiles du ciel. Des corps qui sont l’univers, qui sont le monde que connaît Mohamed Abdel Moneim, avec la rugosité des murs anciens, des parois des temples, des nervures des édifices islamiques historiques, des maisons en terre de Haute-Égypte. Des corps qui portent l’expérience des longues années.”
Enfin, l’artiste lui-même dit de son art : “Je peins mon cœur de l’intérieur. Alors quand vous vous tenez devant mes tableaux, contemplez l’ampleur de la paix et de l’amour, l’ampleur de la douleur et de la tristesse, l’ampleur du désir de s’envoler loin des limites de cet univers. Contemplez avec douceur et conscience, car moi, l’être humain, mon cœur habite mon cœur.”
