Office Siren, Quiet Luxury, Mob Wife… au-delà d’un enchaînement interminable de noms alambiqués, les micro-tendances mode portées par les réseaux sociaux illustrent les dynamiques sociales et politiques de notre époque. Tour de celles parties pour marquer les mois à venir.
Certaines émergent tout juste (comme Eclectic Grandpa qui totalise 12,5 millions de vues sur TikTok), d’autres sont là pour rester (telle Gorpcore et son 1,8 milliard de vues). Mais une chose est sûre : les aesthetics n’en finissent pas de pulluler sur les réseaux. Si l’industrie de la mode n’a fait qu’accélérer en trente ans, multipliant les saisons et les profits, l’ère des réseaux sociaux a boosté la cadence. Au point qu’aujourd’hui les tendances sont devenues des microtrends, esthétiques niches qui viennent dicter les nouvelles identités à adopter. Et donc, pour le plus grand bonheur des marques, les vêtements à consommer.
Outre la démonstration que le capitalisme a transformé le « style » en essoreuse à injonctions — en particulier pour les femmes —, les microtrends en disent long sur les dynamiques sociales du moment. Elles reflètent des tensions identitaires complexes, notamment sur les questions de classe et de genre, et peuvent fournir un sentiment d’appartenance à une communauté. Des phénomènes numériques qui racontent des dynamiques importantes de notre société, et sur lesquels le site Usbek & Rica s’est penché.
Ballet core

Ballerines, leggings et guêtres, tutus et cache-cœurs… Ces pièces ne s’enfilent plus seulement au studio de danse, mais aussi pour aller faire les courses. Les marques se sont acharnées à rendre la danse classique stylée en 2023, et des dizaines de millions d’internautes ont adhéré à cette esthétique combinant la tulle et les joggings.
Indie Sleaze

Énième preuve que le cycle des tendances s’accélère, l’Indie Sleaze est le retour d’une esthétique des années 2010, où la mode et la musique underground collaboraient étroitement. Ce look chaotique qui réinterprète des références musicales était l’apanage d’It girls comme Kate Moss ou Alexa Chung. Celles qui ont vécu ses débuts espèrent néanmoins que l’esthétique reviendra sans sa vision très étriquée du corps humain, où les peaux non-blanches et les morphologies reflétant le monde réel sont rarement les bienvenues.
Office Siren
Internet a trouvé comment sexualiser l’open space dans une ère post Me Too : l’Office Siren est un équilibre entre des pièces workwear pointues -tailleurs, chemisiers, jupes crayons- et une dose de « sex appeal » des années 1990 -talons hauts, tissus transparents, coupes proches du corps. On attend son pendant masculin Office Triton, mais pas sûr qu’il atteigne les 45 millions de vues sur TikTok.
Mob wife

Prétendant incarner le style des épouses du crime mis en scène avec des fourrures, bijoux clinquants, maquillage glam’ et tenues en cuir moulant, l’esthétique Mob Wife s’est retrouvée au cœur de débats houleux. Des Tiktokeuses italiennes et slaves ont dénoncé une appropriation de leur style vestimentaire et des clichés racistes. Ce qui n’a pas manqué de faire réagir des internautes noires, hispaniques ou natives-américaines, qui ont plaisanté sur le fait que des femmes blanches comprenaient enfin le sens de l’appropriation culturelle qu’elles dénoncent depuis plusieurs années. The Take a également suggéré qu’au cinéma, si les tenues des femmes de mafieux leur donnent un air assuré, c’est souvent pour compenser les relations abusives qui leur « accordent » ce statut.
Eclectic Granpa

En 2024, les grands-pères sont au summum du style, dixit Pinterest. Effectivement, le réseau a noté une hausse de 60 % d’intérêt pour le look « grandpacore » : pull en laine colorés, vestes matelassées, blazers intemporels, velours côtelé… Cette esthétique a l’avantage de valoriser des pièces vintages, on peut donc espérer que les internautes iront piocher dans les placards familiaux ou en friperie.